Interview


Jean-François CARON, 59 ans, cadre de santé et Maire de la Ville de Loos-en-Gohelle (Commune du bassin minier dans le Pas-de-Calais)

Présence citoyenne : Y-a-t-il eu des raisons pour lesquelles vous avez souhaité vous investir personnellement et/ou professionnellement dans l'écologie ?

Originaire de Loos-en-Gohelle, dans le Bassin minier, je me suis engagé personnellement et professionnellement dans l’écologie suite à la fermeture des mines et à la constatation des dégâts causés par une activité non durable sur un territoire.
En effet, l’arrêt de l’activité et les délocalisations ont provoqué une explosion du taux de chômage sur un territoire façonné par la mono-industrie pendant plus d’un siècle. De plus, cette activité non durable consistant à creuser des galeries dans le sous-sol a provoqué une forte pollution des nappes phréatiques et un affaissement du niveau du sol de la commune de 15 mètres sur 100 ans avec des conséquences sur les infrastructures et les réseaux. Enfin, la population a développé un sentiment de honte et avait une image d’elle-même très dégradée.

 

Présence citoyenne : Pourriez-vous expliquer une ou plusieurs actions que vous menez au sein de votre commune ?

La première action que nous avons menée et qu’il me semble important de valoriser est la remise en activités de nos friches industrielles. En effet, après la fermeture de notre dernier puits de mine en 1986, notre ville se composait de 20% de friches industrielles dont nous avions hérité la gestion. Ces friches, lieux de l’activité charbonnière, étaient des endroits interdits à la population et réservés aux mineurs. Il semblait primordial pour nous que la population se réapproprie ces lieux afin d’engager la reconversion de la Ville.


Dans un premier temps, nous avons reconverti un ancien terril du centre ville, le terril de la fosse 15, en théâtre de verdure dans lequel nous avons organisé des spectacles participatifs avec les habitants.

Par la suite, nous avons également développé du land-art sur les terrils de la fosse 11/19 afin de permettre aux habitants de changer de regards sur ces montagnes noires. Aujourd’hui, les terrils accueillent de nombreuses activité et manifestations sportives et culturelles.


Enfin, nous avons travaillé à la reconversion de la fosse 11/19, aujourd’hui appelée Base 11/19, en un pôle économique consacré aux éco-activités.

Une seconde action emblématique est l’ensemble des premières actions qui ont remis de la nature en ville. Dans un territoire marqué par l’industrie, la nature était peu présente et la population militait pour un retour de celle-ci. Nous avons donc développé une liaison douce, autour de la commune et appelée ceinture verte. Cette dernière fait aujourd’hui 15 km.

Nous avons également décidé d’arrêter l’utilisation de pesticides pour l’entretien de nos espaces verts afin de favoriser le respect de la biodiversité.

Enfin, nous avons dès 1997 décidé de généraliser l’écoconstruction et l’éco- réhabilitation. Dans un territoire marqué par la hausse du chômage et la pauvreté, cette décision permettait d’améliorer le pouvoir d’achat des habitants en réduisant leurs factures énergétiques. De plus, cette mesure permettait de leur apporter un confort de vie, de créer de l’emploi et de participer à la protection de l’environnement.

 

Présence citoyenne : Faites vous participer les habitants ? Le cas échéant, est-ce que vous avez rencontré une adhésion de leur part ?

Dès la fermeture des mines, nous avons eu l’intuition que nous ne pouvions pas construire notre avenir sans tenir compte de notre passé.
 Il était nécessaire de pouvoir construire un modèle de société durable et qui permette à chacun de participer à la vie collective et de trouver sa place dans la ville. L’implication de la population est placée au centre de ce modèle parce qu’elle permet une meilleure expression des besoins et une qualification de la demande des acteurs. C’est un moteur de citoyenneté.

La participation habitante est devenue systématique à Loos-en-Gohelle pour garantir l’adhésion et la responsabilisation de la population. Dans une société où les gens deviennent de plus en plus individualistes et isolés, où la notion d’intérêt général est en recul et où l’action politique est mise à mal car la population doute de son efficacité et de sa crédibilité, le rôle de l’élu est de faciliter la compréhension de l’action publique, de s’interroger sur les vrais besoins de la population et sur ce qui peut la mobiliser, de redonner toute sa place au citoyen et de prendre l’initiative. Cette mission, nous l’avons prise à bras le corps et je pense qu’aujourd’hui, la population loossoise ne pourrait plus se passer de son droit à participer à la construction de sa ville.

 

Présence citoyenne : L’échelon territorial vous paraît-il le plus adapté pour traiter de l’écologie ?

Je pense que tous les échelons sont adaptés pour traiter de ce sujet. Ce qui compte c’est l’articulation des niveaux d’échelons.

 

Présence citoyenne : Que pensez-vous de cette idée d’éco-logique, donc d’une économie potentiellement fondée sur l’écologie, ce qui entraînerait un changement de modèle économique?

Je suis totalement en phase avec cette idée et c’est d’ailleurs ce que j’essaie d’impulser au sein de ma commune depuis que je suis élu. `

 

Présence citoyenne : Si vous n'aviez qu'UN conseil à donner pour agir à titre individuel sur l'environnement, lequel serait-il ?

Si je n’avais qu’un conseil à donner, ce serait d’arrêter d’en vouloir toujours plus et de sortir de cette forme d’addiction à la consommation qui règne aujourd’hui dans nos sociétés.