Plaidoyer au procès de Monsanto


Du problème des OGM à l'interdiction du glyphosate

L'entreprise Monsanto est à l'origine de deux problématiques distinctes : celle des OGM et de l'herbicide RoundUp classé comme cancérigène probable en 2015 par l'OMS (Organisation mondiale de la santé), avant-dernier échelon de la classification avant "cancérogène certain".

Au sujet des OGM tout d'abord, Arnaud qui a travaillé pour Greenpeace nous rappelle que "La question des OGM est encore une question extrêmement controversée dans le monde". Il explique d'ailleurs très clairement ce que sont les OGM "Aujourd'hui, globalement il n'y a que 4 plantes qui ont été génétiquement modifiées, ce qui est encore très peu : le maïs, le coton, le soja et le colza. On trouve ensuite de façon anecdotique des pommes de terre ou des courges, mais pas à grande échelle. Pour l'instant, on n’a été capable d'introduire que 2 caractères à ces plantes : 2/3 des OGM commercialisés aujourd’hui sont rendues tolérantes à un herbicide. Donc on fabrique des plantes qui ne fonctionneront de façon satisfaisante que si on les traite avec un herbicide". Évidemment, le bilan qu'il en tire est alarmiste : "Le résultat est que nous consommons des plantes qui sont soit gorgées d'herbicides, car elles y sont tolérantes, soit d'insecticides, car elles les fabriquent elles-mêmes...ou à tout le moins étonnant. Néanmoins, le problème reste circonscrit : "Pour l'instant, il n'y a qu'un seul OGM autorisé à la culture dans l'UE : un maïs, qui n'est d’ailleurs cultivé quasiment qu'en Espagne et au Portugal. Tant qu'ils ne sont pas spécifiquement autorisés par l’Union européenne, les OGM sont interdits. Il y a d'ailleurs des raisons de se mobiliser, car la Commission européenne risque de décider de l'autorisation de 3 nouveaux OGM pour la mise en culture, ce qui serait une première depuis 1998, date de l’autorisation du seul OGM autorisé dans l’UE, le maïs MON810 de Monsanto". Dans tous les cas, 90% des OGM sont produits par Monsanto. 

Cette même entreprise, achetée par Bayer en 2016, est également à l'origine de l'herbicide contenant du glyphosate probablement cancérigène appelé Roundup. Un collectif a donc décidé de poursuivre Monsanto dans le cadre d'un tribunal citoyen, à défaut de recours disponible. Arnaud nous explique : "C'est la réalisation que cette compagnie empoisonne la planète entière avec le glyphosate et ses OGM et en même temps dépose des brevets sur les semences, ce qui a pour effet d'interdire partout la pratique millénaire des agriculteurs de ressemer leurs propres semences pour leur imposer des semences Monsanto certifiées. Monsanto fait un lobbying terrible dans le monde entier à ce sujet. C'est ce qui a déclenché l'idée du tribunal". L'une des revendications de ce tribunal, qui a eu lieu en octobre 2016 et dont l'avis est rendu en avril 2017, est la reconnaissance de l'écocide. Arnaud nous explique : "Pour le définir en quelques mots, l'écocide est considéré en tant que « destruction d'écosystèmes dont les populations humaines dépendent pour leur existence ». Il s'agit de savoir si Monsanto pourrait être poursuivi pour crime d'écocide si cette notion était introduite dans les statuts de Rome, qui créent la Cour pénale internationale. C'est évidemment du droit prospectif, car ce crime n'existe pas légalement aujourd'hui. Nous espérons qu'avec le retentissement du tribunal et l'opinion juridique de juges éminents, on puisse contribuer à l'introduction de ce crime à la CPI". En attendant la reconnaissance de cet écocide aux côtés des crimes contre l'humanité, des associations se sont réunies pour déposer une initiative citoyenne européenne. Depuis janvier 2017 et pour une année, il est ainsi possible de signer une pétition pour demander à la Commission européenne d'interdire le glyphosate sur le territoire de l'Union européenne. Pour que la pétition soit un succès, elle doit recueillir 1 million de signatures en tout provenant d'au moins 7 États membres de l'Union européenne.

Pour plus d'informations, vous pouvez écouter: https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-23-octobre-2017